Sommes-nous aussi méchants que nos pratiques en ligne?

Extrait de l’article de Agustín Fuentes dans le National Géographic d’août 2018

Nous connaissons tous l’axiome de la bonne hygiène alimentaire : « Tu es ce que tu manges ». En matière comportementale, une variante pourrait être : « Tu es qui tu rencontres ». Notre perception, notre expérience et notre façon d’agir dans le monde sont fortement influencées par ce qui nous entoure au quotidien : familles, communautés, institutions, croyances et modèles. Nos cerveaux et nos corps subissent constamment des changements subtils, de sorte que notre rapport au monde est à la fois lié aux personnes et aux lieux que nous considérons comme les plus proches de nous, et affectés par eux.

Ce processus a des racines évolutives profondes et il offre aux humains une « réalité partagée ». La connexion entre les intelligences et les expériences nous permet de partager l’espace et de travailler ensemble plus efficacement que la plupart des autres créatures vivantes. Cela explique en partie le succès de notre espèce.

Mais dans ce système, le « qui » constitutif du « Tu es qui tu rencontres » s’est modifié. Aujourd’hui, ce « qui » peut inclure plus d’amis virtuels que d’amis physiques : plus d’informations venant de Twitter, de Facebook et d’Instagram que de véritables expériences sociales ; et plus de déclarations provenant de sources d’information en continu, sponsorisées par la publicité, que de discussions avec des êtres humains.

Nous vivons dans des sociétés complexes, structurées autour de processus politiques et économiques qui génèrent une inégalité très forte et une déconnexion entre les gens. Cette désunion entraîne une pléthore de préjugés et d’incompréhension. Nos modes d’interaction sociale, en particulier sur les réseaux sociaux, se multiplient précisément à une époque où nous sommes de plus en plus séparés les uns des autres. Quelle peuvent en être les conséquences ?

Historiquement, nous avons maintenu l’harmonie en faisant preuve de compassion et de cordialité, et en renforçant nos liens lors de rassemblements. L’anonymat et l’absence de rencontres physiques sur les plateformes des réseaux sociaux suppriment ces aspects capitaux de la sociabilité humaine –et ouvre la voie à des démonstrations d’agressivité plus fréquentes et plus graves. Persécuter des individus auxquels nous n’avons pas à nous confronter directement est aujourd’hui d’une facilité inédite. Sur les réseaux sociaux, l’absence de répercussions encourage le développement de l’agressivité, de l’incivilité et de la méchanceté gratuite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.